Se reprendre en main dans la dignité et dans la paix

CONCEPTION DE LA TOXICOMANIE À LA VILLA IGNATIA,

EN APPUI SUR LE MODÈLE MINNESOTA ET L’APPROCHE BIOPSYCHOSOCIALE

Définir simplement la conception qu’on se fait de la toxicomanie, à la Villa Ignatia, alors qu’on essaie de tirer parti des avancées de la recherche en ce domaine, est une tâche difficile. Déjà, le terme « toxicomanie » provoque des inconforts. Certains le trouvent trop négativement chargé, ou encore réducteur, et préfèrent parler d’« addiction » ou d’assuétude, en y incluant une problématique qui engloberait une compulsion associée au jeu, à l’internet, aux achats, etc. Une chose est sûre : le portrait qu’on se fait de cette problématique à la Villa Ignatia a évolué et on parle davantage de nos jours de polytoxicomanie et de dépendance.

Le modèle Minnesota – les douze étapes :

Dès sa fondation, la Villa a adopté, pour cadre de ses interventions, le MODÈLE MINNESOTA, qui s’est développé vers la fin des années 1940 à partir de la conviction des alcooliques anonymes, qui voyaient dans l’alcoolisme la manifestation d’une maladie physique, mentale et spirituelle. Selon ce modèle, le rétablissement s’articule autour d’un traitement comportant une dimension médicale et psychosociale, et incluant notamment un éveil ou une croissance spirituelle. Ce modèle s’appuie sur les douze étapes des alcooliques anonymes et sur le rétablissement des personnes dans la dignité et le respect.

L'approche biopsychosociale :

Au fil du temps, la Villa Ignatia a aussi tenu compte des avancées de la recherche dans le domaine des dépendances en s’imprégnant de l’APPROCHE BIOPSYCHOSOCIALE. Outil diagnostique et thérapeutique global avant tout, cette approche déborde la problématique des dépendances et répond à une variété de problématiques de santé. Appliquée aux dépendances, elle vise un rétablissement de la personne en la considérant dans sa globalité, en intervenant dans sa dimension biologique, psychologique et sociale. Notre conception de la toxicomanie intègre toujours les douze étapes et ne renie pas l’aspect médical de la problématique, mais nos interventions se concentrent désormais à parts égales sur les aspects biologiques, psychologiques et sociaux de la personne, sans oublier une dimension spirituelle universelle, sans aucun lien avec quelque religion que ce soit.

En conséquence, à la Villa Ignatia, la problématique des dépendances est définie comme un phénomène multifactoriel et se comprend donc comme étant la résultante de l’interaction entre un produit ou une habitude comportementale, un individu et un environnement, qui entraîne un dysfonctionnement cérébral affectant le fonctionnement biologique, psychologique et social de la personne.

À partir de la reconnaissance du caractère multifactoriel du développement des dépendances, on retrouve dans le programme de rétablissement de la Villa Ignatia et chez ses intervenants les diverses tendances qui viennent d’être évoquées. Ainsi, on mettra parfois davantage l’accent sur l’aspect biomédical des dépendances et sur la nécessité d’un recours au spirituel pour améliorer sa situation, tandis qu’à d’autres moments on concentrera l’attention sur la dimension émotionnelle, psychologique ou sociologique des dépendances. Selon leur formation et leurs intérêts distinctifs, et dans les nuances de leurs propos, les intervenants de la Villa Ignatia mettent en lumière différents aspects et plusieurs facettes d’un phénomène complexe, qu’il est possible d’éclairer selon plusieurs angles. Et dans les faits, l’approche biopsychosociale et le modèle Minnesota se complètent bien plus qu’ils ne s’opposent.

En conciliant le modèle Minnesota et l’approche biopsychosociale dans les principes du rétablissement que nous proposons pour vaincre les dépendances, il nous faut clarifier un point : la Villa Ignatia a opté pour l’abstinence, et la perspective d’une consommation maîtrisée ne fait pas partie de notre programme. Notre expérience nous fait croire que l’objectif d’un retour à une consommation non problématique est inatteignable pour ceux et celles qui ont développé une dépendance. Et la plupart des personnes que nous accueillons à la Villa ont déjà essayé d’atteindre cet objectif, sans succès. Plusieurs d’entre elles se sont même engagées dans un programme d’encadrement supervisé ayant cet objectif et n’ont pas réussi leur démarche. Nous convenons que la visée de l’abstinence compte aussi son lot d’échecs, de rechutes et d’écarts, mais nous croyons qu’il est préférable de travailler dans cette optique et que cet objectif peut être plus facilement atteint.

 

Mots-clés: problème de toxicomanie, toxicomanie